La France et l’Amérique latine

L’existence depuis 1946 d’une maison de l’Amérique latine à Paris ou la création en 1954 d’un Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) au sein de l’université Sorbonne Nouvelle (Paris 3) témoignent de l’intérêt de la France pour une région du monde qui regroupe une vingtaine de pays et dont les ressources naturelles sont considérables. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que la plus longue frontière terrestre française, soit 730 kilomètres, est partagée avec le Brésil. Comment se caractérise les relations entre la France et ce vaste ensemble ? Si l’Histoire montre que l’influence de la France en Amérique latine a été importante, celle-ci tend cependant à s’étioler, ce qui impose d’en repenser la stratégie.

Historiquement, la France a exercé une influence à la fois politique et culturelle en Amérique latine.

Sur le plan politique et militaire, dès le XVIe siècle, des Français ont voulu s’installer durablement en Amérique latine afin de tirer profit des nombreuses ressources du continent. C’est par exemple le cas au Brésil où a été menée l’aventure de la « France antarctique », éphémère colonie française occupant la baie de Rio de Janeiro entre 1555 et 1560. Cependant, tandis que les possessions d’Amérique du Nord ont été perdues à la suite de la signature du traité de Paris en 1763, la France a su conserver en Amérique du Sud un territoire issu de l’aventure équinoxiale, la Guyane. C’est d’ailleurs à Cayenne que furent envoyés dès 1852 de nombreux opposants politiques et religieux à la suite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851. Dix ans plus tard, Napoléon III décida d’envoyer une expédition au Mexique entre 1861 et 1867 afin de mettre en place un régime favorable aux intérêts de la France, lequel serait dirigé par l’archiduc Maximilien de Habsbourg ; cette expédition ne fit pas long feu puisque le tout nouvel empereur Maximilien Ier fut arrêté par les libéraux mexicains et exécuté le 19 juin 1867.

Sur le plan intellectuel et culturel, les idéaux des philosophes des Lumières et de la Révolution française au XVIIIe siècle ont résolument influencé les différents mouvements latino-américains de libération nationale inspirés de l’idéal de l’émancipation. Ainsi l’un des héros de l’indépendance du Venezuela, Francisco de Miranda a-t-il participé à la bataille de Valmy et été promu au grade de général de division. Les élites latino-américaine n’hésitaient pas à éduquer leurs enfants selon les traditions et usages français ; au Brésil, l’influence de la pensée positiviste d’Auguste Comte a donné la devise « Ordem e Progresso » (« Ordre et Progrès ») et la langue française est restée longtemps enseignée à l’école, jusqu’au milieu du XXe siècle.

Toutefois, l’influence de la France a connu un déclin qui nécessite d’en repenser la stratégie.

Au début de la seconde moitié du XXe siècle, c’est-à-dire à l’époque des Trente Glorieuses, l’influence française en Amérique latine pouvait encore être ressentie comme importante, notamment en réaction à la montée en puissance des États-Unis. C’est la raison pour laquelle le discours prononcé par Charles de Gaulle en mars 1964 au Mexique a été reçu avec enthousiasme, avec son fameux « marchemos la mano en la mano » : « le monde dans lequel nous vivons connaît une transformation complète mais est également  menacé de souffrir d’épreuves effrayantes […] le peuple français propose au peuple mexicain de marcher la main dans la main. ». Cependant, l’influence de la France a très rapidement été concurrencée, dans le contexte de la guerre froide, à la fois par l’URSS et les États-Unis. Ces derniers, dès décembre 1823, déclarent « l’Amérique aux Américains » par un discours devant le Congrès du président James Monroe. Cette doctrine sera toutefois remise en question en avril 1961 lorsque Cuba fera l’objet d’une tentative de débarquement dans la baie des Cochons, ce qui a poussé l’île à se rapprocher encore davantage de l’URSS. Par ailleurs, l’influence commerciale de la Chine s’est accentuée progressivement sur le continent, dans l’idée d’un renforcement d’une complémentarité « Sud-Sud » et ainsi qu’en témoignent de nombreux traités d’échanges commerciaux signés ces dernières années avec plusieurs pays latino-américains ; ainsi les exportations chinoises vers l’Amérique latine sont passées de 8,2 à 57,1 milliards de dollars entre 2001 et 2009. Enfin, l’influence de la France a été d’autant plus affaiblie qu’elle n’a pas toujours réussi à infléchir certains événements, comme lors du conflit de la langouste avec le Brésil (1961), la tentative de libération d’Íngrid Betancourt (2008) ou l’échec du transfèrement de Florence Cassez (2009).

Au regard du potentiel économique et environnemental que représente l’Amérique latine, il apparaît dès lors utile que la France puisse s’inscrire dans une synergie positive avec plusieurs pays de cette région. Dans le monde multipolaire qui caractérise actuellement le système international, les axes de coopération entre la France et l’Amérique latine peuvent ainsi être tracés dans le cadre de l’Union européenne. C’est par exemple le cas dans le domaine du développement durable et de la lutte contre le réchauffement climatique avec le programme EUROCLIMA prévu par la Déclaration de Lima du 5e sommet Amérique latine – Union européenne de mai 2008 et doté d’un budget de 17,5 millions d’euros. Par ailleurs, la France contribue avec l’Institut des Amériques, aux objectifs de la Fondation EU-LAC visant à renforcer le partenariat stratégique entre l’Union européenne, l’Amérique latine et les Caraïbes, grâce à une participation plus active de la société civile dans les domaines économiques et socio-culturels.

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