La différence entre course à pied et running

Tout coureur qui se respecte s’est au moins une fois posé la question, et celle-ci est beaucoup moins anodine qu’il n’y paraît. À travers champs ou sur le bitume urbain, on ne peut s’empêcher de s’interroger : quelle est la différence entre la course à pied et le running, entre le coureur et le runner ?

Le running ou le tuning de la course à pied

Certains transforment leurs voitures pour les rendre plus belles et désirables. On assiste à la même logique dans tout ce qui touche à ce que d’aucuns considèrent comme « tendance ». La mode est une religion qui a ses adeptes les plus fervents et la langue de Britney Spears a envahi le monde du travail comme celui du sport. On n’enfile plus de chaussures de sport mais des runnings, on ne sort plus courir mais faire du running, on n’est plus un coureur du 100 mètres mais un sprinter, on n’est plus un coureur de 10 ou 20 km mais un runner. Peut être que seul le marathonien échappe encore à l’anglicisme, même si au-delà, il y a le monde des iron men/women et autres héros des temps modernes.

Le marketing (anglais, quand tu nous tiens) n’y est pas pour rien. L’herbe est toujours plus verte ailleurs et les mots à la fois simple et efficaces de l’anglais donnent l’impression exotique que l’on peut cibler comme un seul homme toute la diversité des coureurs. De nombreux magazines, supports publicitaires et d’informations diverses, donnent le ton ; c’est sûr que « Le monde du coureur à pied » apparaît beaucoup plus embêtant à imprimer en une qu’une traduction anglaise courte et précise, qui permet, par la même occasion, d’englober hommes et femmes. Le runner n’est plus un coureur en soi ou une coureuse en soi ; il est à la fois l’un et l’autre, une sorte d’être hybride, un segment de marché à part entière.

Et puis il y a ce quelque chose, ce « je ne sais quoi » que les anglo-saxons reprennent à l’envie, qui donne la sensation que l’efficacité des termes anglais conduit à une sorte d’hybris où la compétition, la force ou encore l’envie de se dépasser l’emportent sur l’humilité à laquelle devraient conduire les limites physiques. La langue française, langue des circonlocutions diplomatiques et juridiques, ne semble effectivement pas de taille pour rivaliser avec le « go go go! » américain, de même que la puissance du Eye Of The Tiger apparaît sans doute plus grande que le Au nom de la Fédération d’Henri Cristiné.

La course à pied ou le retour aux sources

Pourtant, à bien des égards, la course à pied peut aussi renvoyer à une sensation plus authentique de cette activité physique. Le terme même de « course à pied » apparaît bien moins employé dans la sphère commerciale que les termes anglais, qu’il s’agisse des sociétés de vente de produits sportifs, des sociétés de communications événementielles ou même des organisateurs de courses à pied. Dès lors, celui qui pratique la course à pied apparaît comme en dehors de cet univers. D’une certaine façon, le coureur à pied prend ses distances, pour ne pas dire mieux, de la hauteur. Il s’éloigne de l’univers commercial pour prendre la mesure des limites de son propre corps. Il a l’étoffe de l’intellectuel, du promeneur solitaire dans ses rêveries, de celui qui montre même sa connaissance du latin conférant au mens sana in corpore sano toute sa portée symbolique.

Quant à savoir quelle conception peut être privilégiée, c’est à chacun de voir. Entre les coureurs à pied et les runners, s’il y a peut être deux visions, il y aura toujours, du moins, une seule activité, celle d’utiliser ses pieds pour courir.

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