Du renoncement salutaire

Les révélations du Canard Enchaîné du mercredi 1er février 2017 au sujet des rémunérations de Pénélope Fillon en tant qu’assistante parlementaire ainsi que des enfants de François Fillon ont été de nature à semer le doute sur la probité du candidat François Fillon à l’élection présidentielle.

L’affaire en elle-même aurait pu passer inaperçue si les Français n’étaient pas à bout de souffle, exaspérés par la façon dont de nombreuses personnalités politiques manquent d’exemplarité. Quelle que soit l’issue des procédures judiciaires en cours, François Fillon se retrouve ainsi dans le sillon d’une exaspération ambiante et profondément enracinée dans l’amertume des Français liée à une situation économique, sociale et sécuritaire dégradée depuis de nombreuses années. Cette amertume est d’autant plus grande que plusieurs de ceux qui composent la classe politique semblent complètement déconnectés de la réalité que vivent au quotidien des millions de Français. Il est pourtant aisé de comprendre le sentiment de frustration et d’injustice de ceux qui ont des difficultés pour boucler les fins de mois, lorsqu’ils voient que ceux qui les gouvernent ou ceux qui aspirent à les gouverner réussissent à devenir quasiment millionnaires de façon, semble-t-il, plus confortable et aisée qu’en travaillant comme caissier en supermarché ou comme manutentionnaire en usine. Faut-il rappeler que le nombre de demandeurs d’emplois en France, en 2016, toutes catégories confondues est de plus de 6,2 millions de personnes ? Faut-il rappeler que si l’on fixe le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian, la France comptait en 2014 plus de 8,8 millions de pauvres (source : INSEE) ? Et faut-il rappeler que, par comparaison, François Fillon n’a remporté la primaire de la droite au second tour qu’avec un peu plus de 2,1 millions de voix ?

Au-delà du sentiment d’injustice, d’exaspération et de colère que plusieurs millions de Français peuvent ressentir, il y a aussi tout ce qui abaisse et ridiculise de nos jours une vocation pourtant noble à l’origine, celle de se mettre au service de ses concitoyens par la politique. Il s’agit des nombreuses contradictions, des incohérences, des erreurs de communication, qui créent le sentiment d’un amateurisme voire pire, d’une propension à prendre les électeurs pour des imbéciles ; qu’on ne dise pas que celui qu’on prend pour un imbécile n’ait pas envie de mettre dehors ceux qui se moquent de lui et de donner sa confiance – somme toute relative – à des acteurs politiques alternatifs, voire extrémistes.

En se défendant maladroitement, en ne comprenant pas qu’affirmer sur son site de campagne « mon épouse travaille à mes côtés depuis 1997, de façon parfaitement légale et transparente, avec des bulletins de salaires et déclarations aux impôts » tandis que cette dernière a déclaré en 2007 « je n’ai jamais été l’assistante de mon mari » renvoie pour nombre d’esprits à une incohérence manifeste, et que si subtilité à 900 000 euros il y a, celle-ci n’intéresse les 8,8 millions de pauvres qu’en tant que déclencheur d’une colère sans limite. Certes, ce ne sont pas les médias ou les sondages qui font – ou doivent impérativement faire – la politique ; mais c’est la politique et la manière dont elle est conduite qui les alimente. Et aujourd’hui, cette politique offre un triste spectacle.

Alors que reste-t-il à faire pour redonner à la politique ses lettres de noblesse ? Il faut de l’exemplarité, de la probité, mais aussi et surtout, du bon sens et du courage. Et le bon sens commande de renoncer lorsque la confiance est rompue. Ce n’est pas une question juridique, c’est une question morale. À cet égard, la relation entre la classe politique et les Français s’apparente à celle d’un couple. Point n’est besoin d’attendre que la Justice absolve pour prendre acte que lorsque la confiance est rompue, rien n’est plus possible ; encore faut-il avoir le courage de ce constat, le courage d’assumer ses actes, et le courage de faire primer l’intérêt général sur son intérêt personnel.

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